On est en plein dedans, dans le rien, celui qu’on cherche à remplir par l’autre, chez l’autre, invité que l’on se fait, de croire qu’on pourra y trouver ce qu’on cherche sans vraiment savoir quoi,
un comblement du manque qui est en chacun, qui nous constitue même,
toujours cette barrière de la langue qu’implique le langage lui-même, coupé que l’on est de nos motivations profondes, des désirs toujours voilés, des rêves bons qu’à rêver,
et pourtant c’est ce trou dans l’autre qui insuffle nos envies de vivre, de savoir, de rire toujours incomplets que l’on est,
alors ce besoin d’ailleurs cette force qui pousse au voyage à l’inconnu à l’étranger… étrange…
être ange et conscient pourtant qu’on sera toujours manquant pour nous pour eux pour vous même,
car que serait un monde tout en mesure, en retenue et en caution?
un bouillon d’universel, d’objectivité et de compréhension totale,
interdit de subjectivité, d’erreur et de mots mi-dits,
cet entre-deux d’où jaillit la musique et le poète,
où les corps maladroits apprennent à se voir ou plutôt à s’écouter à défaut de pouvoir s’entendre,
devoir faire sans cesse ce pas de côté qui fait naître
le ben voyons, le pourquoi pas, le qu’en sais-je?
Moi je veux voir le monde être surprise de tout mais surtout de rien,
rêver et être déçue,
déchue,
pour me laisser aller à être autre chose,
prendre d’autres chemins non encore parcourus,
fouler des cœurs nouveaux, toucher tous ces voiles avant qu’ils ne se dérobent,
sentir le jeu du Je, et l’accepter ailleurs.
Voir dans ce trou du réel à jamais insaisissable qu’on peut y mettre du vrai, du moi et du tout l monde mais surtout, surtout du n’importe quoi
car après tout
qu’importe quoi!



Figer des instants, image-minute



























