
- Tres cariños. Antigua, Guatemala
D’ici et de là bas ils sont
culotte et ventre à l’air ils vont
les enfants du bout du monde aux yeux pétillants
peau sombre, cheveux-charbon au vent
plaqués aux tempes de rire, de vivre et du soleil qui leur brûle le corps
comme depuis des générations à leurs aïeux
se souciant peu encore du temps qui court et ne se rattrape pas,
le monde et ses ombres prêts à les manger tôt ou tard
en attendant ils jouent
comme ceux de l’autre bout
les même yeux, amende couleur bois
les mains, étoiles de mer qui veulent tout
toucher, mordre, lancer et tordre
le corps avide de ce qu’il ne sait pas, pas encore,
et qui, une fois révélé volera son innocence
posera un voile sur ces beaux yeux d’enfant,
lui aussi charmé par les serpents
je les aime tout cru, sucre au coin des lèvres,
tous, grands, petits, vanille ou kawa
viens vite que je te croque avant que la vie ne t’emporte
partageons nos jardins, chipons quelques raisins
et plantons ensemble les semences de demain
car toi et moi boubou, si on le veut
on peut se rêver un monde à deux
suspendu dans les nuages, où on s’échappe quand on craque
un lieu à nous, qu’on aime, qu’on crée
une bulle qui vole au vent et parcours les continents
on y mettrait tout ce qui est fort et beau dedans
ça, mais les larmes aussi, les chagrins de la vie
on serait vrai dans ce monde, on serait nous
d’éternels enfants, niños del cielo
heureux et insouciants
car je viens à ta rencontre,
pas pour t’aider, encore moins changer qui tu es
je viens pour qu’on se partage un bout de liberté
sourire, fou-rire, un simple regard
je suis là pour te montrer que le monde est grand
mais que toi petit bonhomme, à tes balbutiements
tu en fais partie, et que, comme chez moi, petite tête qui roule,
pieds trop ambitieux pour de si petites jambes
t’es un enfant du monde
mon boubou du bout du monde

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